Chapitre I - Le silence de la mer
La mer semblait paisible en cet hiver. Une houle blanche venait mourir sur les rochers dans un éternel murmure d'écume. Le soleil, lentement, glissait vers l'horizon, embrasant l'océan de reflets d'or et de cuivre. À contempler ce spectacle, on aurait pu croire que le temps s'était arrêté, que rien ne pouvait troubler l'ordre immuable du monde.
Dans le port du Havre, les cargos levaient l'ancre pour des destinations lointaines. Lentement, ils disparaissaient dans la brume, emportant avec eux des cargaisons venues de toute l'Europe et les espoirs de milliers de familles. Plus au sud, sur les côtes de Normandie, de Bretagne et de Vendée, une autre vie commençait.
À deux heures du matin, comme chaque nuit depuis des générations, les bateaux de pêche quittaient les ports. Les moteurs ronronnaient dans l'obscurité tandis que les hommes, emmitouflés dans leurs cirés, scrutaient une mer noire où seules quelques étoiles