Près de deux siècles après l'abolition définitive de l'esclavage, il peut paraître surprenant de voir resurgir, dans les esprits, la problématique esclavagiste. Pour les contemporains, l'expérience de l'esclavage semble tellement lointaine qu'ils ont du mal à imaginer ce qu'elle a été. La preuve en est que la tragédie de la colonisation, qui lui est corrélée, et qui pourtant nous est proche, se dissipe de plus en plus dans les mémoires. Les générations africaines actuelles, du moins celles qui ont moins de soixante ans, n'ont vécu ni la colonisation ni l'esclavage et, par conséquent, peuvent se représenter ces expériences historiques comme des faits de légende. Leur évocation donne ainsi l'impression qu'on veut réveiller de vieux fantasmes. Dans cette optique, l'ouvrage que nous propose Jean Bernard Evoung sur le roman de l'esclavage peut apparaître comme un réveil des consciences endormies et qui croyaient s'être débarrassées de leurs démons.