« L'ensauvagement explique ; il n'acquitte pas. »
« J'habite une blessure sacrée », écrivait Aimé Césaire. Mais que devient ce vers lorsqu'un Blanc créole, un béké, héritier des maîtres d'habitation, entreprend de le lire ?
Guillaume de Reynal relit l'œuvre de Césaire depuis le bord d'où on l'éprouve rarement : celui des descendants des planteurs. Replaçant chaque texte dans son temps, du Cahier d'un retour au pays natal au Discours sur le colonialisme, de la départementalisation de 1946 à Une tempête, il suit un seul fil, le verbe habiter, et une seule exigence : nommer la fracture sans la fuir.
Ni confession, ni plaidoyer. L'auteur refuse l'auto-absolution autant que la fausse symétrie : l'ensauvagement colonial explique, il n'acquitte pas. De la plantation comme matrice jusqu'à la « dette de vérité » d'aujourd'hui, ce livre cherche le seul lieu d'où un héritier puisse parler sans mentir, et tente, à hauteur d'homme, d'ouvrir un vivre-ensemble qui ne s'achète pas au prix de l'oubi