Cet ouvrage repose sur une idée directrice d'une grande portée : le politique ne vaut pas par la force de ce qu'il annonce, mais par la vérité de ce qu'il accomplit. Le populisme apparaît précisément lorsque cette exigence s'efface, lorsque l'adhésion immédiate remplace l'épreuve des faits et que la parole publique, plus chargée d'affect que de résultats, prétend se suffire à elle-même. Au Sénégal, cette dérive s'inscrit dans un décalage durable entre le récit de l'État et ses capacités réelles, sur fond de tensions sociales persistantes, de fragilités économiques et d'attentes collectives que l'action publique ne parvient plus à absorber. La jeunesse, confrontée à l'incertitude des trajectoires et à l'usure des promesses, devient alors l'un des principaux foyers de cette disponibilité politique.
Dr Abdourahmane Ba, Président du Think Tank FOYRE et expert international en évaluation des politiques publiques, mobilise les outils les plus avancés de l'analyse qualitative pour conduire cette autopsie du populisme au Sénégal. L'ouvrage combine littérature scientifique internationale, analyse documentaire, matériaux empiriques et lecture serrée des séquences politiques récentes afin de mettre au jour les mécanismes par lesquels le populisme recompose le champ politique. Il montre que le populisme n'est pas d'abord une doctrine, mais une grammaire du pouvoir : le peuple y devient une fiction d'unité, les élites une cause unique, la complexité une gêne à neutraliser. De ce cadrage dérivent des effets précis : la décision se brouille, l'autorité administrative s'affaiblit, la contrainte budgétaire recule, les institutions de régulation perdent de leur portée. L'action publique cesse alors de produire une transformation durable ; elle s'emploie surtout à fabriquer du sens immédiat.
Le cas du PASTEF et de son leader donne à cette logique sa forme la plus lisible. La légitimité s'y construit sur une critique englobante de l'État, associée à la promesse d'une souveraineté restaurée. Mais l'accès au pouvoir soumet cette promesse à l'épreuve qu'elle avait longtemps contournée : celle des capacités réelles de gouvernement. Faute d'architecture opérationnelle nette, le récit de rupture peine à se convertir en action suivie ; la décision perd en continuité, l'État en lisibilité, la parole en crédibilité. Ce que révèle alors cette séquence dépasse le seul cas sénégalais : une crise du lien entre institutions et société, lorsque la parole publique ne trouve plus son ancrage dans des effets vérifiables. Le livre défend ainsi une thèse forte : il n'existe ni refondation durable ni souveraineté sérieuse sans cohérence de l'action publique, sans discipline de la preuve et sans capacité réelle de correction.